Entretien avec le créateur

Qu’est-ce qui vous a décidé à participer au concours du Meilleur Ouvrier de France?

Le hasard, peut-être. Ou plutôt une série d’évènements. Notamment un jour que j’étais en visite chez nos amis Suisse, je me suis saisi d’une revue que je ne lis jamais, je l’ouvre et je tombe sur l’inscription au concours. Il m’a semblé que je devais répondre à ce signe du destin.

Est-ce que votre réussite au concours va conditionner votre carrière d’horloger ?

Je veux ! Depuis qu’il y a eu des articles dans la presse locale, les gens me téléphonent pour me féliciter. Si cela est fort agréable cela n’enlève rien à ce qu’il a fallu endurer pour atteindre le niveau d’exigence ; ce sont tous les états d’âmes qu’un homme peut traverser durant sa vie.

Alors oui j’espère bien que cette épreuve franchie va à terme me donner du travail. Il est vrai que comme je débute, je n’ai pas encore beaucoup de clientèle et le petit coup de pouce M.O.F va être appréciable. Je pense qu’à terme la réputation du label Meilleur Ouvrier de France, conjointe au mal que je me donne quotidiennement, assurera mon succès. Mais le travail ne s’arrête pas là, je n’en suis qu’au début de mon parcours et s’il n’y a pas de qualité il n’y a pas de succès.

Vous est-il arrivé de vouloir abandonner avant la fin de votre œuvre ?

Du rire aux larmes et des larmes au rire et, il est vrai, des moments proches de la rupture. Imaginez 40 heures pour usiner un pignon de 12 ailes !

Il faut comprendre que dans un tel travail que la préparation du concours M.O.F, il faut fabriquer ses outils, chercher la technique. Or moi je n’avais alors fait qu’un CAP d’horloger réparateur, en 13 mois. Là, je me trouve soudainement confronté à de la conception, de la réalisation ET de la fabrication, c’est-à-dire la mise en œuvre totale d’un projet et ce, en étant tout seul. Et quand le résultat ne vous satisfait pas, dans le doute, un seul mot d’ordre : il faut re-co-mmen-cer !

De quelles matières est composée votre œuvre ?

Mouvement en laiton classique pour l’horlogerie.

Pièces usinées en acier et en laiton.

Pièces laiton dorées or jaune et rhodié platine pour créer des effets de couleurs.

Verre minéral pour la boite.

Décrivez-nous ces particularités techniques.

Le mécanisme conçu pour ce projet est issu de mon imagination. On peut donc toujours chercher, on ne le trouvera pas. D’autant que maintenant l’ensemble de l’œuvre est protégée (design et technique).

Le système est mû par la chaussée qui agit sur un galet excentrique via la roue de minuterie. Ce galet agit sur un baladeur qui se déplace dans la montre pendant 1 heure. Après 1 temps de repos ce baladeur va chercher la roue étoile (elle est hors engrenage le reste du temps) pour la faire tourner. Cette dernière entraîne le râteau des heures avec son aiguille. La remise à 0 se fait au travers d’un autre râteau situé par dessus la roue de minuterie. Démultiplication de force et de course du ressort de rappel. Débattement de 1 mm soit 1 à 2 degrés contre 142 sans ce dispositif.

Quelles ont été les principales difficultés ?

Faire une étude de projet original. Ici, j’ai opté pour une pendulette de bureau vitrée des deux cotés qui marche la tête en bas à partir d’un mouvement de montre de poche. Rien que ça…

Ensuite concevoir un mécanisme et le faire aller dans la montre.

Poser toutes les pièces en symétrie avec une autre. La difficulté est ici de devoir palier au manque de place ou de matière…

Fabriquer cadran et boite, et plus encore fabriquer les verres, très spéciaux car il couvre la surface totale de la boite soit 43 mm.

A tout cela j’ai ajouté la conception d’un écrin que j’ai voulu singulier, comme une marque de fabrique personnelle, une signature. Il se présente sous la forme d’une pyramide de satin et velours noir surmonté d’une plus petite pyramide dorée verrouillée par une goupille et chaînette en or. Quand on les défait, les quatre pans de la grande s’ouvrent comme les pétales d’une fleur en laissant apparaître l’œuvre.

Enfin, trouver la manière de faire chaque pièce, la solution pour le polissage à la main, etc.

Quels conseils donneriez-vous à un stagiaire AFPA en horlogerie concernant son insertion professionnelle ?

Peut-être… Quand on veut on peut. Qui peut le dire ? Mais il faut beaucoup travailler et y croire. De là, naît une expérience et une qualification. Par le travail assidu…